Napoléon 1er

« Quel roman que celui de ma vie.»

Sainte-Hélène, janvier 1817. Napoléon dicte ses mémoires au Général Gourgaud :  

« C’était un bel empire. J’avais 83 millions d’êtres humains à gouverner. Plus que la moitié de la population de l’Europe entière. On aura beau retrancher, supprimer, mutiler, il sera difficile de me faire disparaître tout à fait. Un historien français sera obligé d’aborder l’Empire et s’il a du cœur, il faudra bien qu’il me restitue quelque chose, qu’il me fasse ma part. Et sa tâche sera aisée car les faits parlent, ils brillent comme le soleil. J’ai refermé le gouffre de l’anarchie et débrouillé le chaos. J’ai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites et reculé les limites de la gloire. Sur quoi pourrait-on m’attaquer qu’un historien ne puisse me défendre ? Mon despotisme ? Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité. M’accusera-t-on d’avoir trop aimé la guerre ? Il montrera que j’ai toujours été attaqué. D’avoir voulu la Monarchie Universelle ? Il fera voir qu’elle ne fut que l’œuvre fortuite des circonstances. Que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m’y conduisirent, pas à pas. »

Ile de Corse, en Méditerranée, nous sommes au mois de mai 1769. La République de Gênes vient de céder la Corse à la France. Dans l’île, ce traité est rejeté sans réserve par Pascal Paoli, Général élu de la nation corse depuis 1755. Le pavillon blanc à tête de maure est reconnu par tous les pays voisins :

  • Pascal Paoli :

« La République n’a pas le droit de céder la Corse qu’elle ne possède pas et quand bien même elle l’eut possédé, elle n’a pas le droit de la transmettre à qui que ce soit sans le consentement de la nation »

Pour la France, l’important restait à accomplir, occuper la Corse. Contraint de faire la guerre à la première puissance du monde, Pascal Paoli n’a que les faibles forces de son île natale pour se défendre. Pourtant les Corses se battront courageusement. Une voix s’élève, celle d’un patriote acharné :

 

  • Charles Bonaparte :

 « S’il est écrit que le plus grand monarque de la terre doit affronter le plus petit peuple du monde, nous avons sujet de nous enorgueillir car nous mourrons glorieusement, comme nous aurons vécu. »

La guerre commence mal pour les Français qui subissent plusieurs revers. Mais l’armée française est puissante, le 9 mai 1769 à la tête d’une centaine de patriotes, Charles Bonaparte est contraint de fuir avec ses troupes pour se réfugier dans la montagne. A ses côtés la jeune et jolie Letizia, son épouse âgée de 19 ans. Elle attend leur deuxième enfant.

  • Napoléon

« Les pertes, les privations, les fatigues, elle supportait tout, bravait tout. C’était une tête d’homme sur un corps de femme. Une femme des montagnes de Corse ».

Les Corses commencent à apercevoir les avantages d’une union avec la France et Charles Bonaparte accepte la paix avec les émissaires du conte de Vaux. « J’ai été bon patriote et paoliste dans l’âme tant qu’à duré le Gouvernement  National ; mais ce gouvernement n’est plus. Notre indépendance perdue nous ne pouvons espérer mieux que de vivre à l’ombre des lys. Nous serons fiers d’appartenir à la première nation du monde. » Charles Bonaparte  revient avec Letizia s’installer à Ajaccio dans la maison familiale rue Malherbes. Il parle couramment le français et sa formation juridique lui permet d’obtenir une place de procureur au Palais. Plus tard, Napoléon jugera sévèrement son père d’avoir abandonné Paoli.

 « Jamais je ne pardonnerai à mon père qui a été son adjudant d’avoir concouru à la réunion de la Corse à la France. Il aurait du fuir sa fortune et mourir avec lui. Ma mère était comme tout le monde, très montée contre les Français. Elle voulait accoucher dans une caverne. » 

Nous sommes le 15 août 1769. Laetizia donne naissance à leur deuxième enfant, Napoleone. Dans la casa Buonaparte à Ajaccio, tous les cousins, oncles, tantes et alliés se réunissent pour la féliciter.

  • Napoléon

« C’est là ce qui forme en Corse un grand parti. On ne demande pas combien la jeune fille a de dot mais combien elle a de cousins. »

En juillet 1771, Charles est nommé assesseur de la juridiction royale d’Ajaccio. La famille Buonaparte s’est agrandie : huit enfants vivent maintenant rue Malherbes et le père de Nabulio, comme l’appellent ses proches, mettra tout en œuvre pour que ses enfants bénéficient d’une bourse royale pour poursuivre leurs études. Nabulio a déjà du caractère.

 «  J’étais querelleur, lutin, rien ne m’imposait. Je ne craignais personne. Je battais l’un, j’égratignais l’autre. Je me rendais redoutable à tous. 

Les premières années d’études de Nabulio ne seront pas exceptionnelles. Il apprend l’italien, n’excelle pas en instruction religieuse, mais étonne par ses capacités en mathématiques. Madame mère dira plus tard :

  • Laetitzia

« Au début de ses études, Napoléon fut ce lui de mes enfants qui me donna le moins d’espérances. Plus tard, il reçut enfin une bonne attestation de ses maîtres, il me l’apporta avec empressement, il la posa sur une chaise et s’assit dessus avec la fierté d’un triomphateur. »

Les Bonaparte sont sans fortune et Charles espère toujours obtenir des bourses d’étude pour ses deux plus grands Joseph l’aîné et Nabulio. Après avoir fourni les lettres de noblesse de la famille, signées par le grand duc de Toscane, l’archevêque de Pise et le conseil judiciaire de la Corse, Charles, le tout nouveau député de la noblesse de corse, obtiendra les bourses d’étude royales pour ses deux aînés.

Noël 1778, Joseph et Napoleone, débarquent à Marseille. Profitant de son voyage à Versailles, Charles emmène ses deux fils au collège d’Autun. Joseph y fera ses études religieuses, Napoleone attendra ici de se rendre à l’école militaire qui lui sera désignée et le 28 Mai 1779, Napoleone est enfin admis à l’école militaire de Brienne. Le petit boursier du Roi n’a pas dix ans quand il arrive à Brienne.

1784, le ministre de la guerre de Louis XVI, le Maréchal Ségur, autorise à le faire entrer à l’école Royale de Paris, : 

« Tous boursiers des petites écoles se destinant à l’artillerie, au génie ou à la marine, qui se seraient distingués par leur intelligence, leur bonne conduite et leur connaissance des mathématiques. »

L’inspecteur Raynaud Des Monts estime que le cadet Buonaparte possède les qualités requises pour entrer à L’Ecole Royale de Paris.

Pendant une année passée à l’école, le cadet Buonaparte sera toujours bon en mathématiques, moyen en histoire, peu intéressé à l’allemand et nul en écriture et orthographe.

 « On m’a mis tout de suite dans la classe d’artillerie. Je fus reçu avant dernier. Je suis corse, comme tous mes compatriotes j’étais solitaire, farouche et très peu sociable. Mes manières ont choqué souvent mes professeurs, qui me répétaient : « Monsieur, vous êtes élève du roi, il faut vous en souvenir et modérer votre amour de la Corse, qui après tout, fait partie de la France. »

Montpellier, 24 février 1785. Charles Bonaparte décède d’un cancer à l’estomac. Napoléone, en est profondément affecté.

" Il est mort à cent lieues de son pays, dans une contrée étrangère, indifférente à son existence. Eloigné de tout ce qu’il avait de plus précieux. Consolez-vous ma chère mère, les circonstances l’exigent. Nous redoublerons nos soins et notre reconnaissance. Et heureux si nous pouvons par notre obéissance, vous dédommager un peu de l’inestimable perte d’un époux chéri."

« En septembre 1785, moi, le cadet Napoleone de Buonaparte je fus reçu 42ème au concours de sortie de l’école royale.   Je suis devenu officier à l’âge de 16 ans et quinze jours ».

Nous sommes en 1789, Napoleone a 20 ans, il est à Auxone dans l’artillerie, l’école d’artillerie d’Auxonne est une sorte de laboratoire qui permet à la France  d’être la meilleure d’Europe.

Ce 14 juillet 1789, la Bastille est prise. Napoleone n’aime pas l’anarchie, ni l’insurrection mais ce vent de réformes qui souffle à présent sur la France lui permet d’envisager l’avenir dans une nouvelle perspective. 4 août 1789, c’est l’abolition des privilèges. Cela permet aux petits nobles d’embrasser les carrières militaires jusqu’aux grades les plus élevés.

21 Janvier 1793, Louis XVI monte à l’échafaud. Napoléone, lui, prend la tête d’une expédition en Sardaigne contre les troupes du roi Victor Amédée de Savoie. Après deux tentatives de débarquement c’est un échec. La rage au Cœur Napoléone rentre à Ajaccio. Paoli, à cause de ses amitiés avec les Anglais, est mis hors la loi par la Convention. Les paolistes et les francophiles s’affrontent, pour les indépendantistes corses, le Capitaine Buonaparte est l’homme à abattre. Alors la famille quittera Ajaccio le 11 juin 1793, laissant  définitivement la Corse. Désormais, leur patrie sera la France.

Le Capitaine Buonaparte rejoint la douzième compagnie du quatrième régiment d’artillerie cantonné à Nice. La ville de Toulon est menacée et préfère ouvrir ses portes aux Anglais. Le capitaine Buonaparte est désigné pour prendre le commandement de l’artillerie du siège de Toulon.

  • Napoléon

« Au quartier général de l’armée républicaine je rencontre le Général Carteaux, Ex peintre en bâtiment, ancien gendarme devenu dragon, le citoyen Carteaux a ramassé ses étoiles de Général dans la rue. Quand je me suis présenté au Général Carteaux, il eut l’air bien sûr de lui »

  • Carteaux

 « C’est bien inutile, nous n’avons plus besoin de rien pour s’emparer de Toulon. Cependant soyez le bienvenu, vous partagerez la gloire d’avoir brûlé la ville demain sans en avoir pris la fatigue. »

  • Napoléon

« Mais le lendemain, à la vue des dispositions offensives, je découvre l’incapacité de Carteaux.  Alors j’interpelle le représentant de la Convention, le somme de me faire donner la direction absolue de la besogne. Dès lors j’ai commandé en maître.  Il en est des systèmes de guerre comme des sièges de place, il faut réunir ses feux en un seul point. Du jour où l’escadre ennemie serait menacée d’être bombardée à boulet rouge, celle-ci serait forcée d’évacuer la petite rade. De cette heure, Toulon tomberait comme un fruit mur entre les mains des républicains. »

« Le nouveau général de la place, Jean François Dugommier me nomme adjudant général. Les Anglais subissent de lourdes pertes. La bataille fait rage, On entend partout dans les rangs :  Courrez au commandant d’artillerie, demandez lui ce qu’il faut faire. Le fort du petit Gibraltar est emporté. Puis l’aiguillette, le Balaguier, l’ennemi évacue le fort. La rade le fort et la ville sont sous les feux de nos canons. « Demain nous souperons à Toulon. Les Anglais et les Espagnols mettent le feu à l’arsenal et aux bateaux dans la rade. C’est la fuite. Les portes de Toulon s’ouvrent enfin. »

« 22 décembre 1793, C’est alors que je fut nommé Général de brigade et Fouché vint me voir à Toulon. »

  • Fouché

« Nous n’avons qu’une manière de célébrer cette victoire. Nous envoyons ce soir 213 insurgés sous le feu de la foudre. »

Le nouveau général tournera le dos à ces massacres. Il a maintenant 24 ans. En quatre mois il est passé du grade de Capitaine à celui de Général. Et de plus, inspecteur général des côtes de Marseille à Nice. Napoléone travaille avec acharnement à sa fonction d’inspecteur des côtes.

7 Février 1794, le général Bonaparte, il a décidé de prononcer son nom à la française, est nommé commandant de l’artillerie de l’armée d’Italie et s’installe à Nice. Nous sommes au mois d’avril à la veille de la campagne d’Italie. Augustin Robespierre écrit à son frère Maximilien :

  • Robespierre

« J’ajoute au patriote que je t’ai déjà nommé le citoyen Buonaparte, Général en chef de l’artillerie, d’un mérite transcendant, ce dernier est corse. Il n’offre que la garantie d’un homme de cette nation quoi a résisté aux caresses de Paoli et dont les propriétés ont été ravagées par ce traître. »

  • Napoléon

« Les idées de la Révolution française ne plaisent pas aux régimes monarchiques européens. Beaucoup d'Italiens, intellectuels, étudiants ou aristocrates, ont suivi les évènements qui se sont déroulés en France depuis 1789. Ils ont adhéré aux idéaux de la Révolution et à la Déclaration des droits de l'homme. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est un principe qui a amené certains italiens à remettre en cause leur propre système politique. Ces idées nouvelles provoqueront une répression sanglante qui conduisit ces révolutionnaires à l’exil vers la France. A ce moment là L’Angleterre et l’Autriche alliées à l’Espagne, la Sardaigne, la Sicile et pratiquement tous les royaumes du Nord de l’Europe se sont coalisés contre la France. L’Armée française ne combattait pas contre les Italiens, mais venait faire la guerre en Italie pour les libérer de l’occupation  autrichienne. »

Alors les premières batailles de la première campagne commencent.

« La division Masséna occupe Vintimille. A  la tête de trois brigades d’infanterie j’attaque le fort d’Oneille.  Les soldats anglais et piémontais sont décimés. Masséna marche vers le col de Tende. Je retourne à Nice  auprès du général en chef Dumerbion pour demander du renfort. Il faut profiter de l’avantage obtenu. Mais Salicetti, à la tête de l’armée des alpes, se plaint des avantages offerts par Augustin Robespierre à l’armée d’Italie. Robespierre s’inquiète, après cette campagne, de la réaction du Doge de Gênes… »

Augustin Robespierre et Ricono, envoient Buonaparte à Gênes. Puisqu’il parle italien, il est l’homme rêvé. 27 juillet 1794, Buonaparte revient de Gênes pour apprendre la condamnation à mort de Maximilien et Augustin Robespierre.

En ce mois d’août 1795, Buonaparte est attaché au comité topographique du Comité de Salut Public. Et la vie parisienne devient mondaine pour le Général.

 « Le luxe, les plaisirs et les arts reprennent de manière étonnante. Les voitures, les élégants reparaissent. Ou plutôt ils ne se souviennent plus que, comme d’un long songe, qu’ils n’aient jamais cessé de briller.  J’ai dîné avant hier chez madame Tallien, elle est toujours aussi aimable mais je ne sais par quelle fatalité ses charmes se sont effacés à mes yeux. Elle a un peu vieilli. » C’est chez madame Tallien que Napoléon rencontre pour la première fois Rose de Beauharnais, jolie veuve créole, originaire de la Martinique. »

16 Octobre 1795, sur proposition de Barras, Buonaparte est nommé Général de division. 26 Octobre, Barras devient directeur, l’un des cinq rois du nouveau régime. Buonaparte prend le commandement de l’armée de l’intérieur. Le commandant Vendémiaire, comme on le surnomme est maintenant sous le charme de Rose de Beauharnais. Il préfère l’appeler Joséphine et il l’aime comme il n’a jamais aimé.

 « C’était une vraie femme, elle avait un je ne sais quoi qui plaisait.  Elle avait le plus joli cul qui fut possible. Il y avait là les trois îlets de la Martinique. » 

Le 2 mars 1796, le Général vendémiaire est nommé commandant en chef de l’armée d’Italie. Le 8 mars, il signe le contrat de mariage, Napoléon de Buonaparte et Joséphine de Beauharnais.

 « Patiente ma bonne amie, nous aurons le temps de faire l’amour après la victoire. »

Le soir du 11 mars 1796, Buonaparte en compagnie de son aide de camps Junot, prend la route de l’Italie. Il retrouve ses troupes et Masséna à Nice.

« Soldats, vous êtes nus, mal nourris, le gouvernement vous doit beaucoup. Il ne peut rien vous donner. Votre patiente a supporté toutes les privations, votre bravoure a affronté tous les dangers, exit l’admiration de la France. Elle a les yeux tournés sur vos misères. Vous n’avez ni souliers ni habits, ni chemises. Presque pas de pain et nos magasins sont vides. Ceux de l’ennemi regorgent de tout. C’est à vous de les conquérir. Vous le voulez, vous le pouvez. Partons. »

Enfin, le Général en chef Buonaparte est à la tête de son armée. Il va pouvoir mettre en œuvre ses plans de bataille. Il les a préparés depuis si longtemps. Dans l’état major de l’armée d’Italie, on entend déjà les noms des officiers qui résonneront à jamais dans l’histoire :

« Géraud, Berthier, Murat, Marmont, Masséna, de Lasalle, Junot. En face de l’armée française, les Sardes, le Piémontais et la terrible armée autrichienne, organisée et bien vêtue, bien armée et surtout qui occupent les places fortes du nord de l’Italie. »

Nous sommes le 13 avril 1796, la grande Armée s’avance :

 « Augereau emporte Millesimo, puis Montenotte puis Mondovi. Soldats, vous vous étiez jusqu’ici battus pour des rochers stériles. Illustrés par votre courage mais inutiles à la patrie, dénués de tout, vous avez suppléé à tout. Vous avez gagné ces batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, faits des marches forcées sans souliers. Bivouaqué sans eau de vie et souvent sans pain. Les phalanges républicaines, les soldats de la liberté étaient seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâce vous en soit rendue. Vous avez encore des combats à livrer des villes à prendre, des rivières à passer, Vous n’avez rien fait puisqu’il vous reste encore à faire. »

Le Roi de Sardaigne envoie une proposition d’armistice. Bonaparte réclame le droit de passage à travers les états du Roi pour gagner la Lombardie et attaquer l’Autriche. La discussion semble vaine et Bonaparte s’impatiente :

 « Messieurs, je vous préviens que l’attaque générale est ordonnée pour deux heure et que si je n’ai pas la certitude que Lodi sera remise dans mes mains avant la fin du jour cette attaque ne sera pas différée d’un moment. Il pourra m’arriver de perdre des batailles mais on ne me verra jamais perdre des minutes par confiance ou par paresse. »

Et l’armistice est signé. A Paris le Directoire est satisfait. Les caisses se remplissent mais Bonaparte sens pourrait faire mieux.

« Gênes, ne doit pas être éloignée de plus de 45 lieues de Lorette. C’est le Milanais surtout qu’il ne faut pas épargner. Levez-y des rémunérations en numéraire sur le champ., Il faut battre l’Autrichien. Alors je me jette dans la bataille de Lodi. La Lombardie tombe facilement. Après Lodi, je ne me regardais plus comme un simple général mais comme un homme appelé à influer sur le sort d’un peuple. Il me vint l’idée que je pu bien devenir un acteur décisif sur notre scène politique. »

11 mai 1796, Milan est ouvert. L’Europe entière n’en revient pas. A Paris les Directeur s’inquiètent. Les victoires de Bonaparte, feront elles vaciller leurs trônes. A Milan, Bonaparte enthousiasme les Italiens.

« Vous serez libres, vous serez libres et plus sûrs de l’être que les Français. Milan sera votre capitale. Vous aurez 500 canons, l’amitié éternelle de la France. Si l’Autriche revenait à la charge, je ne vous abandonnerais pas. » 

Malgré les promesses Milan sera saignée à Blanc. Les œuvres de Léonard de Vinci et de Michel Ange sont transportées en France. Et les impositions sont lourdes et nombreuses. La campagne continue.

Avec la Grande Armée j’entre à Brescia tandis que Masséna occupe Vérone. Augereau investit Mantoue et le 31 mai les Autrichiens sont battus à Castel Novo. Voilà donc les autrichiens entièrement expulsés d’Italie. Nos avant-postes sont sur les montagnes de l’Allemagne. Tout est aujourd’hui parfaitement tranquille. Deux millions en or sont maintenant sur la route. En poste pour se rendre à Paris. Le ministre des finances peut tirer des lettres de change pour quatre ou cinq millions. »

« Le Roi de Naples nous cède Mantoue, qu’il faut cependant enlever aux autrichiens, grâce à l’accord organisé par Milo de Melito. Le Saint Siège accepte les conditions que je lui impose : Les ports des états du Pape seront fermés aux bâtiments des puissances en guerre avec la république et ouverts aux bâtiments français. Le Pape livrera cent tableaux vases ou statues. Le Pape paiera à la République française vingt et un millions de livres, monnaie de France. Le Pape sera tenu de donner le passage aux troupes de la République. »

Juillet 1796. Bonaparte et Joséphine se reposent à Vérone lorsque l’on annonce : « Les Autrichiens ! ».

« Le maréchal Wurmser, à la tête de l’armée autrichienne, une armée d’au moins 70000 hommes approche. Les nouvelles sont alarmantes, l‘ennemi s’est ressaisi.  Augereau ! l’ennemi a forcé le poste de la Coronna. Il est indispensable, quelque soit l’issue de cette tentative, d’attaquer l’ennemi et de l’abattre. Masséna !, le sort des armes est journalier. Nous rétablirons demain ou après ce que vous avez perdu aujourd’hui. Brûlez votre pont, réunissez vos forces, éloignez vous. Gautier !, les circonstances sont assez critiques faites évacuer tous les malades. Serrurier ! une partie de la division du général Masséna a été obligées de se replier, je me rends cette nuit à Castel Novo avec plusieurs demi-brigades. La route de Milan est coupée. Brescia est repris puisque l’ennemi a divisé ses forces, il faut les battre, l’une après l’autre. Ce sera la contre offensive foudroyante de l’armée républicaine.  Wurmser et ses troupes en déroute se retirent vers Trente. L’armée autrichienne qui menaçait d’invasion l’Italie a disparu comme un songe. Et l’Italie est maintenant tranquille. A la guerre, l’audace est le plus beau calcul du génie. » 

Septembre 1796, L’armée républicaine victorieuse passera Trente puis Bassano. Repoussant toujours plus Wurmser et l’arrière garde de l’armée autrichienne.

Octobre, les autrichiens occupent le petit village d’Arcole. Le pont qui enjambe l’Alpone est de la plus haute importance, car il nous permettrait de prendre les Autrichiens à revers. Mais le pont résiste, les troupes du Général Augereau hésitent…il fallait passer ce pont ou faire un détour de plusieurs lieues qui nous aurait fait manqué toute notre opération. Je m’y portais moi-même. Je demandais aux soldats s’ils étaient encore les vainqueurs de Lodi. Ma présence produit sur les troupes un mouvement qui me décide encore à tenter le passage, et, à la tête de mes hommes, je fonce sur l’ennemi et le force à évacuer.  17 octobre 1996, c’est la victoire d’Arcole.

Devant les conquêtes de Bonaparte, le Directoire à Paris s’inquiète de la politique indépendante du général en chef qui agit comme un pro consul. On charge donc le Général Clark de négocier avec l’Autriche l’arrêt des hostilités. A Milan, Clark est fasciné par ce César légiférant, organisant ses conquêtes et créant des Républiques. « Lorsque les circonstances imprévues le commandent, dictant tout en combattant trente lettres ou ordres par jour, il paraît à l’homme de confiance du Directoire aussi extraordinaire à la tête de ses commis que l’épée à la main lorsqu’il semble dicter à l’ennemi jusqu’à ses propres mouvements. » Et Bonaparte achèvera de séduire Clark en ces termes :

« Il faut encore infliger quelques défaites à l’Autriche avant de songer à traiter avec elle. Il faut faire toucher terre aux Habsbourg des deux épaules. Le jour ne tardera pas où ils devront demander merci.»

 15 janvier 1797, François II, Empereur d’Autriche envoie 80.000 hommes à la rescousse. « On sait Bonaparte malade et jaune à faire plaisir ». Il a effectivement un très gros rhume.

« J’ai facilement  deviné les plans de l’ennemi qui veut passer la vallée de L’Adige et revenir sur Trente. Bonaparte arrive à l’entrée du défilé : Rivoli. L’armée française est dans une position périlleuse, prête à se faire écraser dans ce bassin de Rivoli. Sur les crêtes des montagnes environnantes, on voit la silhouette des Autrichiens, mais la colonne du 18è régiment commandée par Mounier arrive derrière, cette arrivée fit un effet dont nous avions besoin, et, retournant le moral des soldats, changeât notre situation. Ils sont à nous, la bataille est perdue pour les Autrichiens »

A Paris, c’est l’enthousiasme. Les gazettes placent Bonaparte au-dessus de l’homme. Et le Directoire ne peut plus mettre le vainqueur de l’Italie sous tutelle. A Rome le Pape ne s’est pas remis des conditions draconiennes imposées et a relevé la tête. A Bologne Joséphine a rejoint Bonaparte, et ce mercredi 1er février, il déclare la guerre au Pape.

« Une seule division, commandée par Junot aura raison des soldats de Pie VI. Nous avons conquis en peu de temps la Romagne, le Duché d’Urbino et la marche d’Ancône. En vingt quatre heures, on va d’ici en Macédoine. Cela nous donnera une grande influence sur la porte ottomane et nous rendra maître de la mer Adriatique. »

Le rêve de grandeur commence. Le 17 février à Tolentino, les Cardinaux signent le traité de paix. Bonaparte obtient Bologne, Ferrare, La Romagne, Ancône, la fermeture des ports aux Anglais ainsi que d’innombrables objets d’art et de l’or. Bonaparte rentre sur Bologne où il retrouve enfin Joséphine pour cinq merveilleuses nuits d’amour.

« Il faut toucher le cœur autrichien et marcher sur Vienne.  Une nouvelle campagne a commencé et l’armée franchira tous les obstacles à la poursuite de l’Archiduc Charles, qui se replie, ouvrant la route de Vienne. Pendant cette marche victorieuse, j’ai écrit à l’Archiduc : Monsieur le Général en chef, les braves militaires font la guerre en désirant la paix. Avons-nous tué du monde et commis assez de maux à la triste humanité ? Je me trouverai plus fier de la couronne civique que je m’estimerai avoir mérité que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires. »

Avril 1797, les préliminaires de traités de paix entre le République Française et l’Autriche sont signés à Leuben. Bonaparte crée la République ligurienne. En une année, le Général vendémiaire est devenu le maître de toute l’Italie du nord. C’est en véritable chef d’état qu’il s’adresse au ministre de France en Toscane, Miot comte de Melito :

« Ce que j’ai fait jusqu’ici n’est rien encore. Je ne suis qu’au début de la carrière que je dois parcourir. Croyez-vous que ce soit pour faire la grandeur des avocats du Directoire, des Carnot, des Barras, que je triomphe en Italie ? Croyez-vous aussi que ce soit pour fonder une République ? Quelle idée ! Une République de 30 millions d’hommes, avec nos mœurs, nos vices ? Où en est la possibilité ? C’est une chimère dont les Français sont engoués mais qui passera comme tant d’autres. Il leur faut de la gloire, les satisfactions de la vanité, mais la liberté, ils n’y entendent rien. »

A Milan, ce 9 juillet 1797, le Général Bonaparte proclame la République cisalpine, régie par une constitution modelée sur celle de l’an III. Une nouvelle cour s’organise autour de Bonaparte. Il agit déjà en souverain. Joséphine s’est déjà adaptée à la situation et joue, avec aisance, à la souveraine. La famille Bonaparte rejoint la cour de Mombello.

A Paris, tout va mal. Les Parisiens s’agitent. Les royalistes menacent le Directoire. Les Directeurs se décident à appeler Bonaparte au secours. Le 7 août, Augereau débarque à Paris. « Je suis venu pour tuer les royalistes. » On condamne à mort, on fusille et on envoie au bagne et Augereau écrit à son chef : « Mon Général, ma mission est accomplie. Paris est calme et émerveillé d’une crise qui s’annonçait terrible et qui s’est passée comme une fête. »

Octobre 1797, le traité de paix avec l’Autriche est enfin signé. Il a fallu céder Venise, l’Istrie et la Dalmatie. En échange la France aura Mayence et le Rhin comme frontière. Le 17 octobre, c’est le traité de Campo Formio. Envoyé par Bonaparte à Talleyrand, ministre des relations extérieures :

« Tous ceux qui connaissent l’Europe et qui ont le tact des affaires seront bien convaincus qu’il était impossible d’arriver à un meilleur traité. »

Après s’être rendu à Rastadt pour entériner le traité de Campo Formio, Bonaparte arrive à Paris en décembre. Il est reçu par Talleyrand : « Au premier abord, il me parut avoir une figure charmante. Vingt batailles gagnées. Aussi bien a la jeunesse, a un beau regard, a de la pâleur et a une sorte d’épuisement. » 

Décembre 1798, des fêtes et encore des fêtes sont données en  l’honneur du Général Bonaparte jusqu’à la fin de décembre. Il est élu à l’institut, classe des sciences physiques et mathématiques. Et Joséphine est de toutes les fêtes et Talleyrand, déjà, se tient auprès d’elle et de Bonaparte.

« En Europe désormais, seuls les Anglais sont encore forts et susceptibles d’attaquer la France. Bourrienne tout s’use ici. Je n’ai déjà plus de gloire. Cette petite Europe n’en fournit pas assez, il faut aller en Orient. Toutes les grandes gloires viennent de là. L’Egypte est à notre porte. L’Egypte n’est plus aux Turcs. Le Pacha n’y est rien, elle n’appartient à personne. Il faut attaquer l’Angleterre en leur coupant la route des Indes et remplacer les colonies perdues sous le règne de Louis XV.  Le Directoire était acquis à mes idées. Et de plus, m’éloigner du pouvoir ne semblait pas une mauvaise chose pour les directeurs et je fus nommé général en chef de l’armée d’Egypte,  je reçu tout pouvoir pour réunir 30.000 hommes à Toulon et y rassembler une escadre. Nous avions prévu d’emmener des égyptologues, des astronomes, des géomètres, des naturalistes et des minéralogistes. »

Et Bonaparte semble, comme à son habitude, être partout à la fois. Il dicte ses ordres à propos de Toulon, de Brest, de Gênes.

« 400 vaisseaux, frégates, briques, avisos et 55.000 hommes. 1026 canons, 1000 pièces d’artillerie de campagne, 467 véhicules, 1000 chevaux, on ne voyait plus la mer. Ce 19 mai, il est 7 heures du matin. L’escadre légère est sortie, le convoi file et nous levons l’ancre par très beau temps. Le voyage sera sans histoire. Entre la Sicile et l’Afrique, l’île de Malte ne nous résistera pas. C’est encore heureux qu’il y eût quelqu’un pour nous ouvrir les portes… » 

« 2 juillet 1797, ayant réussi à échapper à la flotte de Nelson qui croisait en méditerranée nous mettons pied sur la terre égyptienne. Peu après, le port d’Alexandrie est pris. Les Mamelouks, terribles cavaliers du désert, ne peuvent rien contre nos canons. Victoire après victoire, nous arrivons près du Caire le 21 juillet, 9 Thermidor de l’an IV.  Soldats !  Du haut de ces pyramides, 40 siècles vous regardent. La bataille sera sanglante mais le 24 juillet, nous entrons dans le Caire. »

Immédiatement, Bonaparte  se met au travail pour organiser l’Egypte comme l’Italie.

« Tout semble nous sourire à mais…, vous vous trouvez bien dans ce pays ? Cela est heureux car nous n’avons plus de flotte pour nous ramener en Europe.  Nelson venait de surprendre l’escadre française à Aboukir. Les vaisseaux de l’amiral Bruet sont presque tous détruits et l’amiral a trouvé la mort dans la bataille, nous voilà dans l’obligation de faire de grandes choses, nous les ferons. De fonder un grand empire, nous le fonderons. »

21 août 1798, Bonaparte fonde l’institut d’Egypte. Les premiers membres de l’institut sont des Français. Le premier souci de Bonaparte est d’administrer le pays.

« Pour être craint, il faut se montrer sévère. Avoir toujours dans une main le sucre, dans l’autre le sabre. » 

Pour les Arabes, les Français sont des infidèles qu’il convient de massacrer comme dans une guerre sainte. Mais Bonaparte n’attendra pas les Turcs.

 « Un Général en chef ne doit jamais laisser se reposer les vainqueurs, ni les vaincus. » Les Français mèneront l’offensive au-delà de Suez, jusqu’en Syrie. La campagne sera terrible : le désert, la soif, les victoires, Gaza, Jaffa, Haïfa. Et toujours le désert, la soif, la peste.  Mai 1799, on est obligé d’abandonner le siège de Saint Jean d’Acre. La fortune m’a été contraire. Il faut que je retourne en Egypte pour la protéger des ennemis qui vont arriver. »

 « 14 juin, nous sommes de retour au Caire. Les Anglais et 10.000 Turcs occupent Aboukir. Cette bataille va décider du sort du monde. L’artillerie française gronde, Lannes fonce et repousse les Ottomans, Murat conduit un effarant massacre. Est-ce que la cavalerie a juré de tout faire aujourd’hui ? Sur les flots, flottaient des milliers de turbans et d’écharpe que la mer rejetait au rivage. C’est une des plus belle bataille que j’ai vu. »

Bonaparte est sans nouvelle de France depuis dix mois. La lecture d’une gazette lui en donne de fâcheuses.

« Eh bien, mon pressentiment ne m’a pas trompé ! L’Italie est perdue, les misérables ! Tout le fruit de nos victoires a disparu. Il faut que je parte ! »

 Au matin du 23 août 1799, deux petites frégates françaises réchappées d’Aboukir lèvent l’ancre. A leur bord, Murat, Berthier, Duroc, Lannes, Marmont et Bonaparte, accompagné de son nouveau serviteur le Mamelouk Roustan. Le 8 octobre, ils débarquent à Fréjus.  Avignon, Lyon, partout des fêtes pour célébrer le Général Bonaparte. Enfin, Paris. Il hésite qui rencontrer. Il se rend chez Barras… 

«  C’est à partir de ce moment, que j’ai vraiment préparé le coup d’Etat du 18 Brumaire. Redorère, Talleyrand, Barras, Sieyès et mon frère Lucien seront les artisans du coup d’Etat. Fouché sera au courant, bien sûr mais n’en avertira personne. » 

18 Brumaire, an VIII, 9 novembre 1799, le Conseil des Anciens donne à Bonaparte tous les pouvoirs militaires.

« Le corps législatif est transporté dans la commune de Saint Cloud. Le Général Bonaparte prendra toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de la représentation nationale. Le Général Bonaparte est appelé dans le sein du conseil pour y recevoir une expédition du présent décret et prêter serment. » 

Au soir du 19 Brumaire, le conseil des 500 se réunit à Saint Cloud sous la présidence de Lucien Bonaparte. Dans la cour du château, les tambours des grenadiers battent le pas de charge et un député s’écrie : « Soldats ! Qui êtes-vous et que venez-vous faire ici ? Vous n’êtes que les gardiens de la représentation nationale. » Le général Leclerc répondra : « Grenadiers, en avant ! », le Général Murat sera plus expéditif : « Foutez-moi tout ce mode là dehors ! Citoyens députés, vous êtes dissout ! »

Le 20 Brumaire de l’an VIII, Paris se réveille sous le Consulat. Les députés ramenés à la raison votent une Commission Provisoire consulaire composée des citoyens Sieyès, Ducos et de Bonaparte qui porteront les noms de Consuls de la République. La Révolution est bien terminée.

Ce 11 novembre 1799, Napoléon Bonaparte est en civil. Redingote d’un gris sombre, chapeau de castor noir. Il a pris place dans une voiture Fort simple entourée seulement par six dragons… Il se rend alors au Luxembourg pour son premier acte de chef d’Etat.  

Deuxième partie : Napoléon

 Paris, 10 novembre1799, la révolution a vécu. Le conseil des 500 et les baïonnettes du Général en chef Bonaparte, réunis à Saint Cloud ont eu raison du Directoire. C’est le coup d’état du 18 Brumaire de l’an 8. A 11 heures du soir, Bonaparte piaffe d’impatience. Le décret tombe enfin : « Le corps législatif crée provisoirement une Commission Consulaire exécutive composée des citoyens Sieyès, Roger Ducaux, ex-Directeur, et de Bonaparte, Général, qui porteront les noms de Consuls de la République. »

Paris, 11 novembre 1799 au Luxembourg. Sieyès, Ducaux et Bonaparte, les trois consuls de la République sont réunis pour former le premier gouvernement du Consulat. Roger Ducaux s’efface le premier devant Bonaparte : « Il est bien inutile d’aller aux voix pour la présidence, elle vous appartient de droit. » Sieyès, ex-abbé, n’est pas très enthousiaste : « Voulez-vous donc être un roi ? » 

Au petit Luxembourg où le citoyen et la citoyenne se sont installés, on vit sans apparats. Les domestiques n’auront ni galon, ni livret. Il n’y a qu’un maître d’hôtel. Bonaparte ne passe guère plus d’un quart d’heure à table.

Le 25 décembre 1799, c’est la proclamation de la nouvelle constitution dans toute la France. Beaucoup sont certains que Bonaparte n’en restera pas là. Dans le courrier adressé au Consul par les municipalités, on lira : « Nous nous empressons de vous accuser réception de la nouvelle constitution de l’an VIII. Nous vous promettons la même exactitude pour toutes celles qu’il vous plaira de nous envoyer à l’avenir. »

Bonaparte, premier Consul inaugure ce que l’on peut déjà appeler son règne. Il écrit au Roi d’Angleterre et à l’Empereur roi de Hongrie et de Bohème

« La guerre qui depuis 8 ans ravage les quatre parties du monde doit-elle être éternelle ? N’est-il donc aucun moyen de s’entendre ? Etranger à tout sentiment de vaine gloire, le premier de mes vœux est d’arrêter l’effusion de sang qui va couler. Le caractère connu de votre majesté ne me laisse aucun doute sur le vœu de son cœur. »

« A la fin de cette année 1799, la grande nation française domine déjà l’Europe par sa démographie, par l’universalité de sa langue, par le poids de ses armées, par ses innovations techniques mais surtout par  les idées que la Révolution a transporté par-delà les frontières. »

« La guerre continue donc sur le continent contre l’Autriche, sur les mers contre l’Angleterre et en Orient contre les Turcs. La Révolution française a secoué toute l’Europe. L’abolition du régime féodal, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, donnent à tous les opprimés l’immense espoir d’obtenir les bienfaits dont bénéficient les Français. Pourtant, la France que nous a laissée le Directoire est bien pauvre. Les Directeurs se sont enrichis au détriment du pays. A Marseille, le port est un cimetière de bateaux, à Bordeaux, on ne peut plus payer l’huile des lanternes et on vit dans l’obscurité. A Paris les prisons sont si délabrées que l’on s’en évade tous les jours. Et lorsque l’on voyage ; c’est l’aventure sur des chemins défoncés que l’on entretient plus depuis la Révolution. Les bandits de grand chemin dépouillent sans cesse les voyageurs, assassinent les fonctionnaires et les prêtres jureurs. Et les enfants abandonnées meurent de faim, les hôpitaux sont délabrés, l’administration est impuissante, les impôts ne rentrent plus. Les finances de l’Etat sont inexistantes. »

Bonaparte choisit un ministre des finances en la personne d’un commissaire de l’administration des postes :  Gaudin.

« – Vous avez longtemps travaillé dans les finances ?

– Pendant vingt ans mon Général !

– Nous avons grand besoin de votre secours et j’y compte. Allons, prêtez serment, nous sommes pressés. »

« En quelque mois, avec toute mon énergie, la France va changer de visage. C’est le redressement économique le plus spectaculaire que le pays ait jamais connu. »

« La nouvelle constitution est plébiscitée. Je possède tous les pouvoirs, alors, inlassablement, de décrets en décrets, la France s’organise, s’administre. Ma politique est de gouverner les hommes comme le plus grand nombre veut être gouverné. C’est là, je cois, la manière de reconnaître la souveraineté du peuple. »

Malgré ce travail acharné, Bonaparte souffre de ce qu’il appelle l’inaction. Il écrit au Général Moreau, à la tête de l’armée du Rhin :

« Je suis une espèce de mannequin qui a perdu sa liberté et son bonheur. Les grandeurs sont belles, mais en souvenir et en imagination. J’envie votre ressort. Vous êtes allés avec des braves faire de belles choses. Je troquerai volontiers ma pourpre consulaire pour une épaulette de chef de brigade sous vos ordres. »

« La guerre a repris avec violence en Italie et aux portes de l’Allemagne. En Italie, Masséna a des difficultés avec l’armée autrichienne et se retrouve enfermé dans Gênes. Sous mon uniforme de premier Consul, le militaire bouillonne, ma décision sera vite prise … Lucien, préparez pour demain une circulaire au préfet. Fouché, vous la ferez publier  dans les journaux. Dites que je suis parti pour Dijon où je vais inspecter l’armée de réserve. Vous pouvez ajouter que j’irai peut-être jusqu’à Genève, mais assurez positivement que je ne serai pas absent plus de quinze jours. »

Avant de partir, Bonaparte a réaménagé son gouvernement. Aux finances, malgré quelques divergences entre eux, il gardera Gaudin. Après un ministère de l’intérieur trop en désaccord avec le premier Consul, Lucien Bonaparte sera ambassadeur en Espagne et Fouché retrouvera le poste de ministre de l’intérieur. Joseph Fouché, élu à la convention, avait soutenu le coup d’état. Sa grande expérience et son réseau d’espions en font un ministre redoutable et efficace. Charles Maurice Talleyrand de Périgord, évêque d’Autun, élu aux Etats Généraux est le grand spécialiste des affaires extérieures. Se souvenant de son aide, Bonaparte le confirmera dans son poste.

Ce 11 mai 1800, Bonaparte retrouve son armée. C’est le début d’une nouvelle épopée.

« En avant ! L’Italie s’impatiente. Nous luttons contre la glace, la neige, les tourmentes et les avalanches. Au pied du massif du grand Saint Bernard, il faut franchir les Alpes, reconquérir le Valais et le Piémont. … En trois jours, 40.000 hommes vont grimper les chemins enneigés. Le 20 Mai on canonne le fort de Bard. Le 23 Mai Lannes enlève Ivrée, occupé par 2000 Autrichiens, c’est l’entrée dans le Val d’Aoste et le Piémont, la division Loison prend Crémone, ouvrant la route de la Lombardie. On  marche sur  Milan.  Les Autrichiens doivent être chassés de Lombardie. Le 2 juin  Milan accueille de nouveau les Français libérateurs. 3 juin la diva Grassini chante en l’honneur des troupes. Le 5 au matin la diva prend son petit déjeuner dans mes appartements. » 

«Brescia, Plaisance, Crémone, Pavie, Gênes sont reconquis. Le 10 juin, on arrive à San Giuliano. Au milieu de la plaine c’est Marengo. Le baron de Mélas, à la tête de l’armée autrichienne, dispose de 100 canons et de 40.000 soldats. Le feu est intense, la bataille semble perdue mais je rappelle le détachement du général Dessaix pendant que j’avance avec ma réserve, Lannes reste sur la droite… Du courage soldats ! Les réserves arrivent. Tenez ferme ! Avec ses 8.000 hommes, Desaix arrive à la rescousse et me présente les armes.

« La bataille est complètement perdue. Mais il n’est que deux heures. Nous avons encore le temps d’en gagner une aujourd’hui. J’arrive. Nous sommes frais et s’il le faut, nous nous ferons tuer. »

« A deux heures, tout n’était que désolation et angoisse. A cinq heures, l’ennemi, de plus en plus assuré, semble vouloir nous dépasser sans nous voir. Lorsque la foudre part, la mitraille, les obus, les feux de bataillons pleuvent , on ne criait pas, on hurlait ! A cinq heures, c’est la victoire. »

Desaix est à la tête de la neuvième demi-brigade, soudain une balle lui traverse la poitrine.

« Allez dire au premier Consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas assez fait pour la postérité.»

Bonaparte est bouleversé :

« Pourquoi ne m’est-il pas permis de le pleurer ? Ah que la journée eut été belle si ce soir j’avais pu l’embrasser sur le champ de bataille. »

3 juillet 1800, le premier Consul est acclamé aux Tuileries. Mais sa joie est ternie en apprenant que des plans avaient été échafaudés pour sa succession.

«  Eh bien, on m’a cru perdu et on voulait essayer encore du Comité de salut public  Je sais tout !  Et c’étaient des hommes que j’ai sauvé, que j’ai  épargné. Me croient-ils un Louis XVI ? Qu’ils osent et ils verront. Qu’on ne s’y trompe plus ! Une bataille perdue est pour moi une bataille gagnée. Je ne crains rien, je saurai bien sauver la France en dépit des factieux et des brouillons.»

Ce n’est plus Bonaparte qui parle, mais celui que les proches appellent Napoléon. Napoléon fêtant la victoire et pour la première fois en chef d’état. Le 14 juillet 1800, fête de la Concorde, la Grassini, de sa voix d’or, interprète le chant du 14 juillet. Les te deum résonnent dans toute la France.

La victoire de Marengo et les bonnes dispositions du gouvernement entraînent la confiance des banquiers. Les rentes et les pensions de l’Etat peuvent désormais être payées en numéraire. Ceci ne fait pas trop l’affaire des royalistes et des jacobins qui se contentent d’ironiser.

« Ces succès consolident le Coup d’état de Brumaire. »

Contre certains  extrémistes royalistes, les rigueurs seront implacables.

« Si dans quinze jours vous n’avez pas perdu votre influence, je vous donnerai quatre jours pour quitter le territoire français. Si vous y êtes le cinquième, vous serez fusillés. Toute influence qui ne vient pas du gouvernement est un crime politique ! ».

« La reprise en main politique de Napoléon ressemble déjà à une dictature. »

« Les années 1801 à 1804 seront des années de paix pour la France. Malgré ça et là des escarmouches, la paix s’installe en Europe. Le Traité d’Amiens viendra sceller ces accords même si l’Angleterre, comme toujours,  n’est pas entièrement satisfaite. La France restitue l’Egypte et évacue les ports napolitains. J’étais content de ce traité, je croyais de très bonne foi le sort de la France, celui de l’Europe, le mien, fixé. J’allais me donner uniquement à l’administration de la France et je crois que j’eusse fait des prodiges. »

L’économie du pays est florissante et la politique du premier Consul, constructive. Ce début de 19ème  siècle voit la création de la gendarmerie nationale, et l’institution des lycées. On met en place un portefeuille de l’instruction publique attaché au ministère de l’intérieur. Les tarifs douaniers permettent de protéger l’industrie française et surtout de gêner l’Angleterre. Le premier Consul n’oublie pas l’armée et les serviteurs du pays et au mois de mai 1802, c’est la création de la légion d’honneur.

« La légion d’honneur doit payer au service militaire comme au service civil le prix du courage qu’ils auront mérité. »

29 juillet 1802, le premier Consul est élu à vie. Devant l’embargo que l’Angleterre impose aux navires français et hollandais, Bonaparte installe le camp de Boulogne. C’est d’ici que l’on pourra envahir l’Angleterre ou, du moins, la voir arriver.

« De 1801 à 1804, trente six lois sont votées. Ma gloire n’est pas d’avoir gagné quarante batailles. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil. Ce sont les procès verbaux du Conseil d’Etat. »

« 18 mai 1804, j’étais à Saint Cloud. Je venais d’écrire la proclamation de l’Empire et l’ait fait lire immédiatement dans les casernes de Paris à la garde des consuls:

« La garde est prévenue que le sénat a proclamé aujourd’hui Napoléon Bonaparte Empereur des français et a fixé l’hérédité de pouvoir dans sa famille. Vive l’Empereur ! Par son dévouement sans bornes, et sa fidélité à tout épreuve, à Napoléon Ier, Empereur des Français, aujourd’hui la garde prend le titre de garde impériale. » »

Depuis quelques semaines déjà, le sénat, conseillé par Fouché et Talleyrand, pensait qu’une monarchie héréditaire écarterait les assassins et permettrait de souscrire au vœu de la nation. Georges Cadoudal en montant à l’échafaud dira avec humour : « Nous avons fait plus que nous le pensions, nous venions donner un Roi à Paris, nous lui donnons un Empereur. »

 Là-bas Beethoven, d’un trait rageur, change le titre de sa symphonie dédiée à Bonaparte : « Ce n’est donc qu’un homme ordinaire ! » Malgré quelques fausses notes, l’Empereur est plébiscité par plus de 3 millions de Français. Moins de 3000 voix s’y sont opposées.

 A Paris, l’on prépare le couronnement. Le Pape Pie VII finira par accepter de se rendre lui-même à Paris. Et tandis que sa sainteté prend la route, avec sa suite de 800 personnes, l’Empereur fait face au clan Bonaparte qui veut rejeter les Beauharnais, cette famille qui vole une part de la succession. Napoléon sera ferme.

« Ma femme est une bonne femme qui ne leur fait point de mal. Elle se contente de faire un peu l’Impératrice, d’avoir des diamants, de belles robes… Les misères de son âge ! Je ne l’ai jamais aimé en aveugle. Si je la fais Impératrice, c’est par justice : j’ai un cœur d’homme. Je suis surtout un homme juste. Si j’avais été jeté dans une prison au lieu de monter au trône, elle aurait partagé mes malheurs. Il est juste qu’elle participe à ma grandeur. »

Le 25 novembre, le pape Pie VII est arrivé à Fontainebleau. Le 28, en grand cortège, sa sainteté entre à Paris ovationné par la foule.

2 décembre 1804, l’immense cortège des invités, le cortège du Pape et Joséphine et moi sommes en grand manteau de velours pourpre. Il est midi lorsque je reçois la triple onction de sa Sainteté Pie VII :

« Dieu tout puissant et éternel, qui avez répandu l’huile sainte de rois sur la tête de Saul et de David par le ministère du prophète Samuel, répandez par mes mains les trésors de vos grâces et de vos bénédictions sur votre serviteur Napoléon que malgré notre indignité personnelle nous consacrons aujourd’hui Empereur. »

« Le grand moment est arrivé, j’ai pris la couronne d’or qui étincelle, j’ai tourné le dos au Pape pour regarder la foule puis j’ai posé moi-même la couronne sur la tête et j’ai prononcé le serment. »

 «Je jure de maintenir l'intégrité du territoire de la République, de respecter les lois du Concordat et de la liberté des cultes ; de respecter et de faire respecter l'égalité des droits, la liberté politique et civile, l'irrévocabilité des ventes des biens nationaux ; de ne lever aucun impôt, de n'établir aucune taxe qu'en vertu de la loi ; de maintenir l'institution de la Légion d'honneur ; de gouverner dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français.»

Napoléon est Empereur, il regarde Joséphine, émue, qui s’avance vers lui. La traîne de son somptueux manteau est soutenue par sa fille et ses deux belles sœurs. Les larmes de l’Impératrice roulent sur ses deux mains jointes. L’Empereur prend avec une lenteur gracieuse la couronne de sa femme, la place un instant sur sa tête, comme s’il voulait en quelque sorte l’impérialiser. Puis la dispose avec coquetterie sur le front de sa chère créole. « Vive l’Empereur ! Vive l’Impératrice ! »

Madame mère a boudé la cérémonie, quoique présente sur le tableau de David, elle est restée à Rome, inquiète de tant de faste.

« Ma mère est restée simple, comme une femme des montagnes de Corse et elle nous dira souvent avec fatalisme : « Pourvu que ça dure … »Ensuite on a distribué les aigles aux unités et les bâtons aux maréchaux qui ont prêté serment de fidélité. Les cérémonies ont duré cinq heures. »

En Europe, la troisième coalition contre Napoléon se forme peu à peu entre l’Autriche, la Russie, la Suède et bien sûr l’Angleterre. Cependant, Napoléon tentera d’offrir la paix au Roi d’Angleterre :

« Monsieur mon frère, appelé au trône de France par la providence, par le suffrage du sénat, du peuple et de l’armée, mon premier sentiment est un vœu de paix. Je n’attache point de déshonneur à faire le premier pas. J’ai assez, je pense, prouvé au monde que je ne redoute aucune des chances de la guerre. La paix est le vœu de mon cœur mais la guerre n’a jamais été contraire à ma gloire. Je conjure votre majesté de ne pas se refuser au bonheur de donner elle-même la paix au monde. Le monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre. »

« Tant que la Gaule boira les eaux du Rhin, tant que Napoléon possèdera Anvers, ce pistolet braqué sur le cœur de l’Angleterre, Monsieur mon frère refusera de donner la paix au monde ! » 

Napoléon s’inquiète peu de ces rumeurs en Russie et en Autriche. D’abord abattre l’Angleterre, c’est cela son principal objectif.

« La flotte française devra se rendre maîtresse du Pas-de-Calais, ne fut-ce que durant 3, 4 ou 5 jours. Malheureusement le 25 août, à Boulogne, j’ apprend que Villeneuve est revenu à Cadix, refusant de se frotter de nouveau à l’escadre anglaise, tandis que Nelson croise toujours à l’entrée de la Manche, empêchant nos bateaux de sortir de Brest. Dès ce moment, je change mes batteries. Il s’agit de gagner 20 jours et d’empêcher les Autrichiens de passer l’Inn pendant que je passerai le Rhin. Ils ne s’attendent pas avec quelle rapidité je vais faire pirouetter mes 200.000 hommes. Quand j’aurai donné une leçon à l’Autriche, je reviendrai à mes projets. »

14 novembre 1805, Vienne désertée par l’armée est aux mains de Napoléon qui s’installe au  palais de Schönbrunn. En six semaines, toute l’Autriche, du Danube à l’Italie  est devenue française. Pendant ce temps, au large de Cadix, à Trafalgar, Nelson n’a laissé aucune chance à l’Amiral Villeneuve. Et l’escadre franco-espagnole est anéantie. Nelson est touché pendant la bataille, il y perdra la vie.             

« 2 décembre. La Grande Armée s’installe sur le plateau de Pratzen dominant un petit village de Moravie, Austerlitz. En face, l’armée austro russe, commandée par Koutouzov à la tête de 90000 hommes. A l’aile droite, Davout attirera l’ennemi vers la route de Vienne. Au nord, Lannes et Murat refouleront le Général ennemi Bagration. Au centre Soult prend de flanc les régiments en marche vers Telnitz. Dans les glaces de ce marais, rompues par la canonnade française, l’artillerie russe, s’engloutira. A 16h30, à la tombée de la nuit tout est terminé. »

Le tzar s’est enfuit, François II demande la paix, l’empire français brille du regard de ses soldats dans le soleil couchant, le soleil d’Austerlitz. Napoléon est là parmi eux leur faisant donner de l’eau de vie.

« La bataille d’Austerlitz est la plus belle de toutes celle que j’ai données. 45 drapeaux, plus de 50 pièces de canon, les étendards de la garde de Russie, 20 généraux, 30000 prisonniers, plus de 20000 tués. Spectacle horrible, l’Empereur Alexandre est au désespoir, les russes sont partis et fuient loin d’ici, ils s’en retournent en Russie, bien battus et fort humiliés. »

1806, il faut des hommes de confiance pour administrer cet empire. Napoléon fera appel à la famille et à ses meilleurs compagnons, les Maréchaux de l’Empire.

« Joseph sera Roi de Naples, Louis prendre le trône du Royaume de Hollande, Murat, Grand Duc de Clèves et de Berg, Talleyrand, Prince de Bénévent, Berthier, Prince de Neuchâtel, Bernadotte, Prince de Ponte Corvo, Eugène de Beauharnais prendra pour épouse la Princesse Augusta de Bavière, Stéphanie, petite cousine de Joséphine se mariera avec le Grand Duc de Bade. »

La quatrième coalition financée par l’Angleterre se voit renforcée par la Russie. La Prusse quitte sa neutralité et Frédéric Guillaume renie tous ses traités avec la France.

« Je ne crains pas de rencontrer les Français. Je préparerai le tombeau de tous ceux qui se trouvent le long du Rhin. Avec ma seule cavalerie, je me charge d’aller à Paris. »

Napoléon ne veut plus la guerre en Europe. Il tente une dernière fois de parlementer avec le Roi de Prusse

« Si je suis contraint à prendre les armes pour me défendre, ce sera avec le plus grand regret que je les emploierai contre les troupes de votre majesté. Je considèrerai cette guerre comme une guerre civile tant les intérêts de nos deux états sont liés. Je ne veux rien d’elle, je ne lui ai rien demandé. »

Septembre 1806, Napoléon part de nouveau pour la guerre. A Wisburg, en Bavière, après s’être assuré du soutien du Grand Duc Ferdinand, Napoléon retrouve ses troupes le 3 octobre 1806 :

« Soldats, il n’est aucun de vous qui ne veuille retourner en France par un autre chemin que celui de l’honneur. Nous ne devons y rentrer que sous des arcs de triomphe. »

Une dernière fois, Napoléon écrit au Roi de Prusse :

« Monsieur mon frère, je n’ai reçu que le 7 la lettre de votre Majesté. Elle m’a donné rendez-vous le 8. En bon chevalier, je lui ai tenu parole. Je suis au milieu de la Saxe. Qu’elle m’en croie : j’ai des forces telles que toutes ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. Mais pourquoi répandre tant de sang ? A quel but ? Je ne prise point une victoire qui sera achetée par la vie d’un bon nombre de mes enfants. »

14 octobre, Napoléon arrive à Iéna. Il est redevenu le capitaine Bonaparte, il s’occupe de tout, il place son artillerie, dirige lui-même les travaux et au petit jour, les canons prussiens engagent la bataille.

« Les prussiens nous souhaitent le bonjour par des coups de canons qui passent au-dessus de nos têtes.  Si la cavalerie prussienne est renommée et redoutable, son artillerie semble inefficace.  En moins d’une heure, l’action devint générale 250 000 à 300 000 hommes avec 700 ou 800 pièces de canons semaient partout la mort et offrait un de ces spectacles rares dans l’histoire. De part et d’autre, on manœuvra constamment comme à une parade. Parmi nos troupes il n’y eut jamais le moindre désordre. La victoire ne fut pas un moment incertaine »

Le 27 octobre, l’Empereur entre par la porte de Brandebourg. Berlin lui remet les clefs de la ville. Le 21 novembre de Berlin, Napoléon décide le blocus continental :

 « Tout commerce et toute correspondance avec les îles britanniques sont interdits. »

Pour l’Angleterre, privé des ressources de son commerce avec l’Europe, ce blocus signifie la ruine. 

« La Grande Armée doit en finir, à la poursuite des armées du Roi de Prusse et du Tsar Alexandre, Murat fait une entrée triomphante à Varsovie désertée par les Russes. La terrible première campagne de Russie a  commencé ici. L’armée française n’a pas eu le temps de refaire ses approvisionnements et manque de tout. Le brouillard, la pluie, la neige, le gèle et le dégèle se succèdent. Cette fois c’est la boue qui recouvre les pistes baptisées chemin. Des chemins sans chaussée, et sans fossés. Un bourbier où les chasseurs de l’escorte s’enlisent jusqu’à mi-cuisses. On traverse les marais grâce des troncs d’arbres jetés sur la vase. »

« Nous nous sommes bien battus, la campagne a duré jusqu’en juillet 1807, ponctuée de victoires célèbres : Alenchtein, Eylau, Dantzig, Friedland. Le 7 juillet, c’est le premier traité de Tilsit avec le Tsar Alexandre qui s’engage à déclarer la guerre à l’Angleterre. C’est également le traité avec la Prusse qui retrouve ses frontières et je signe la constitution du Grand Duché de Varsovie. J’ai assez fait le métier de général. Je vais reprendre celui de premier ministre et recommencer mes grandes revues d’affaires qu’il est temps de faire succéder aux grandes revues d’armées. »

Napoléon est de retour à Paris. D’un trait de plume tenu par Fouché, on supprime le tribunat et l’on crée la Cour des Comptes.

« Il fallait que je pense à ma succession. La stérilité de Joséphine et les inévitables conseils de Fouché me font envisager la dissolution de mon mariage. Si pareille chose arrivait, Joséphine, alors ce serait à toi de m’aider à un tel sacrifice. Je compterai sur ton amitié pour me sauver de tout l’odieux de cette rupture forcée. Tu prendrais l’initiative, n’est-ce pas ? Et entrant dans ma position, tu aurais le courage de décider toi-même de ta retraite. »

« J’ai décidé Le blocus continental par tous les pays de l’Empire. Tous les ports sont fermés aux Anglais mais le Portugal résiste, Je ne souffrirai pas qu’il y ait un envoyé anglais en Europe. Si le Portugal ne fait pas ce que je veux, la maison de Bragance ne règnera plus sur en Europe dans deux mois ! »

1808 sera l’année de la guerre d’Espagne. L’armée française l’occupe facilement mais les guérillas et les combats isolés rendent très difficile l’approche vers Madrid. Nous sommes au mois de mai. Napoléon accepte l’abdication de Ferdinand VII et nomme son frère Joseph Roi d’Espagne tandis que Murat prend le trône de Naples. Toute l’Espagne est en feu. Dans les ports du Portugal, les Anglais sont déjà là.

« Tout un peuple y participa sous la conduite de moines fanatiques. Malheur aux soldats isolés, ils étaient éventrés, pendus, voire crucifiés. En représailles, les camarades des victimes pendaient, fusillaient, égorgeaient, mettaient tout à feu et à sang au moindre coup de feu tiré dans un village. Mais le 4 décembre 1808, Nous gagnons la ville de Madrid mon frère Joseph peut s’installer sur le trône d’Espagne. Il faut rentrer vite en France. On me dit que l’Autriche réarme et que Talleyrand et Fouché intriguent. »

Pendant la guerre d’Espagne, le jeune ambassadeur d’Autriche à Paris s’appelle Clément de Metternich. Et Vienne n’ignore rien des mouvements de troupes françaises. Grâce à Metternich, Vienne apprend les désaccords de Fouché et de Talleyrand vis-à-vis de la politique de l’empereur. « Deux hommes tiennent en France le premier rang dans l’opinion et dans l’influence du moment : Messieurs De Talleyrand et Fouché. La cause de Napoléon n’est plus celle de la France. L’Europe ne peut plus être sauvée que par la plus intime réunion entre l’Autriche et la Russie. »

Talleyrand, le premier se rend chez Metternich.

« Le moment est arrivé, je crois de mon devoir d’entrer en relation directe avec l’Autriche. »

« Une fois de plus, une nouvelle campagne commence. C’est la guerre. Je m’en vais à Vienne, seul, avec mes petits conscrits, mon nom et mes grandes bottes. Je laisse derrière moi la grande armée retenue en Espagne. 250 000 soldats de la classe 1810 partent vers l’Autriche. Avec Lannes, Masséna et Soult, c’est encore une marche victorieuse : Abensberg, Landshut, Ekmül, Ratisbonne. Vienne capitule le 13 mai 1809. A la poursuite des troupes de l’Archiduc Charles, c’est la bataille d’Essling. La victoire et la mort du Maréchal Lannes, Duc de Montebello… Je perds le général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d’armes depuis seize ans, celui que je considérai comme mon meilleur ami. »

Rome, juin 1809. L’armée française qui occupe la ville depuis la dernière campagne d’Italie, rencontre des problèmes avec Pie VII qui refuse encore d’accepter l’alliance contre l’Angleterre, ne veut pas fermer les ports et prononce même l’excommunication majeure contre Napoléon. Pie VII sera arrêté. Il va demeurer prisonnier à Savonne, c’est la  réponse de Napoléon à l’excommunication majeure. 

« Le 6 juillet, avec les armées nous nous retrouvons sur le plateau de Wagram, au nord-est de Vienne. L’armée autrichienne est sous les ordres de l’Archiduc Charles d’Autriche. Sur un front de 15 km, 1100 pièces d’artillerie déchaînent un ouragan de fer. Cinq jours plus tard l’armée autrichienne abandonne le champ de bataille et l’Archiduc demandait l’armistice. » 

Napoléon quitte Schönbrunn en octobre, après avoir consolidé la paix avec l’Autriche, et surtout renforcé le blocus continental contre l’Angleterre.

« Je dois divorcer. L’institution d’un Empire héréditaire est urgente. L’Europe est matée, l’Autriche est exsangue, l’Angleterre sera battue. Rome va devenir simple préfecture française. »

14 décembre aux Tuileries, devant la famille Bonaparte ravie, Joséphine est répudiée.

« Dieu sait combien une pareille résolution a coûté à mon cœur, mais il n’est aucun sacrifice qui ne soit au-dessus de mon courage lorsqu’il m’est démontré qu’il m’est utile au bien de la France. »

Le mariage de Napoléon est annulé par l’officialité métropolitaine de Paris. Février 1810, on annonce aux Français : « Il y aura mariage entre sa Majesté l’Empereur Napoléon et son altesse impériale et royale Madame l’Archiduchesse Marie-Louise, fille de sa Majesté l’Empereur François, Roi de Bohème et de Hongrie.

 Mars 1810, l’archiduchesse Marie-Louise est reçue à Compiègne et le 2 avril, l’oncle de Napoléon, la Cardinal Fesch, bénira leur union.

« L’empire français s’étend des bouches de l’Elbe aux bouches du Tibre. 44 millions d’hommes sont réunis par une seule administration, celle de Paris. Je travaille avec acharnement à la construction de son grand projet pour l’Empire. Ma destinée n’est pas accomplie. Je veux achever ce que j’ai ébauché. Il me faut un code européen, une cour de cassation européenne, une même monnaie, les mêmes poids et mesures, les mêmes lois. Il faut que je fasse de tous les peuples de l’Europe un même peuple et de Paris, la capitale du monde. »

Dans ces premières décennies du XIXème siècle, l’Europe tente de trouver la paix. La Suède appelle le maréchal Bernadotte, prince de Pontecorvo pour succéder à Charles XIII. Bernadotte sera Roi de Suède avec l’accord de l’Empereur.

« Je n’ai pu refuser la chose parce qu’un maréchal français sur le trône de Suède est un des plus jolis tours joués à l’Angleterre. »

L’Angleterre domine les mers et ses forces maritimes lui permettent de conquérir les colonies françaises et hollandaises : le Surinam, le Cap, Curaçao, la Guyane et la Martinique. Les colonies portugaises et espagnoles d’Amérique offrent aux Anglais de nouveau débouchés mais n’empêchent pas le chômage et la crise de l’industrie anglaise touchée par le blocus continental.

20 mars 1811. C’est la naissance du Roi de Rome. Au mois de juin, c’est le baptême, occasion de se heurter de nouveau au Pape Pie VII qui refuse de bénir le Roi de Rome. Espérant faire fléchir le Pape, Napoléon le fait transférer à Fontainebleau.

Les relations entre Napoléon et Alexandre de Russie commencent à se détériorer. Alexandre a ouvert des ports aux Anglais. Napoléon, en créant le Duché de Varsovie, reconstitue une Pologne que ne veut pas le Tsar. Le 8 avril 1812, Alexandre envoie un ultimatum : « Evacuez la Prusse et la Poméranie suédoise, retirez vos troupes de l’Elbe. »

« 22 juin 1811, c’est encore  la guerre. Celui qui m’aurait évité cette guerre m’aurait rendu un grand service, mais enfin, la voilà, il faut s’en tirer. 610 000 hommes franchissent le Niémen à l’assaut des grandes plaines de Russie. L’ennemi évite l’affrontement et pratique la politique de la terre brûlée. Vitepsk, Smolensk , l’ennemi ne combat pas et se dérobe à chaque fois. L’affrontement avec les troupes du Prince Mikhaïl Koutouzov dans la plaine de Borodino confirme la victoire. L’armée Russe est en déroute  Ce 7 septembre 1812 nous attaquons les collines de la Moskova, dernier rempart de Moscou. Le 8 septembre, la route de Moscou est ouverte. Le 14 septembre, je m’installe au Kremlin. Nul notable n’accueille l’armée. Vidée de ses habitants, la ville est morte. Je suis donc enfin à Moscou. Je me trouve dans l’antique palais des tsars. »

16 septembre. L’air de Moscou est enflammé, les vitres du Kremlin éclatent.

« C’est inconcevable ! Les barbares, les sauvages. Brûler leur ville. »

Alexandre refuse de négocier quoi que ce soit et laisse l’empereur seul, et las d’attendre. Le gouverneur de Moscou, Rostopchine, père de la comtesse de Ségur laissera un écriteau sur le chemin de son château occupé par Napoléon : « J’ai embelli pendant huit ans cette campagne. Je mets le feu à ma maison pour qu’elle ne soit point souillée par votre présence. »

« Le tsar se sent fort et ne veut pas négocier. La grande armée ne peut pas s’installer dans une ville détruite. J’ordonne alors la retraite. Sur les 610 000 soldats partis en campagne, 100 000 hommes seulement sont rescapés et se préparent à affronter l’hiver. –35° la nuit, le manque de vivres, de vêtements, de chaussures, de munitions, harcelés par les terribles cavaliers Cosaques de Koutouzov, la grande armée n’a plus que 30 000 hommes quand elle se présente sur les rives de la Bérézina. Le sacrifice des hommes du Général Eblé, plongés dans l’eau gelée pour construire des ponts, nous permet de passer la Bérézina, puis de détruire ces ponts pour empêcher toute poursuite ennemie. »

5 décembre 1812, à Paris, le Général Malet tente un coup d’état en annonçant la mort de l’Empereur. Napoléon quitte la grande armée précipitamment. Il rentre au plus vite. Malet sera fusillé. Pour l’Empereur, il faut reconstituer une armée. La guerre d’Espagne s’enlise, il ne peut pas compter sur les troupes françaises qui sont aux prises avec la guérilla et les Anglais soutenant le Portugal.

« En Russie je ne puis empêcher qu’il gèle. On vient me dire tous les matins que j’ai perdu 10 000 chevaux dans la nuit. Eh bien, bon voyage ! Peut-être dira-t-on que je suis resté trop longtemps à Moscou ?Cela peut-être, mais il faisait beau. La saison a devancé l’époque ordinaire. Je faisais une guerre réglée à l’Empereur Alexandre. Mais aussi, qui aurait cru que l’on ne frappe jamais un coup comme celui de l’incendie de Moscou ? »

Il faut faire face à la nouvelle coalition qui se prépare entre l’Angleterre, la Russie, la Prusse et l’Autriche. La conscription de 1813 permet de réunir près de 500 000 hommes.

A Saint Cloud, Napoléon est venu voir Marie-Louise et son fils. Ce sont les adieux à la veille de la campagne d’Allemagne.

« Aime-moi comme je t’aime. Si toutefois cela est possible à la légèreté de votre sexe. »

« A la tête de cette nouvelle grande armée, ce sont encore des victoires. Lützen, Bautzen, Wutrchen, mais le tribu est lourd. Duroc est emporté par un boulet. En Espagne, Marmont, Jourdan et Soult reculent devant Wellington, et la retraite française est une déroute. Mais en Allemagne, c’est la victoire à Dresde. Nous sommes déjà en Octobre 1813 à Leipzig, tous les alliés sont là. C’est une terrible défaite, c’est la retraite. Le maréchal Poniatowski, fidèle polonais périt noyé. Il ne reste plus que 100 000 hommes, nous rentrons en France. Toute l’Europe marchait avec nous, il y a un an. Toute l’Europe marche contre nous. »

Toute l’Europe coalisée marche vers la France. Wellington s’approche de Toulouse. A l’est les Autrichiens ont franchi la frontière suisse, les Prussiens sont aux portes de Strasbourg, les Suédois sont déjà en Belgique. A Naples, Murat, lui-même, entre dans la coalition pour essayer de sauver son trône. Les dernières batailles ont vidé le pays de ses meilleures troupes. A Paris les députés exigent la paix et rappellent à Napoléon les lois garantissant aux Français la liberté civile et politique.

« Ce n’est pas dans le moment où l’on doit chasser l’ennemi de nos frontières que l’on doit exiger de moi un changement dans la constitution. Qu’est-ce que le trône ? Quatre morceaux de bois dorés recouverts de velours ? Non, le trône, c’est moi ! C’est moi qui peut sauver la France et non vous ! Vous aurez la paix dans trois mois ou je périrai ! »

Malgré les sursauts de l’armée française, à Brienne, Champaubert, Montmirail, Château Thierry, Vauchamp, Monteraux et Reims, la pression est trop forte. Wellington est à Bordeaux, Augereau perd Lyon, le Tsar Alexandre et le Roi de Prusse entrent dans Paris. Joseph Bonaparte, Lieutenant Général de l’empire charge le Général Marmont de signer la capitulation de Paris et le 31 mars 1814, les cavaliers cosaques défilent sur les Champs Elysées devant le Tsar Alexandre.

Fontainebleau, 11 avril 1814. Après avoir essayé  d’abdiquer en faveur de son fils, Napoléon signe devant les maréchaux l’acte d’abdication sans conditions. « Les puissances ayant déclaré que Napoléon étant le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu’il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d’Italie et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de sa vie, qu’il ne soit prêt à faire à l’intérêt de la France. Le sénat déclare : « Le peuple français appelle librement au trône Louis Stanislas Xavier de France, frère du dernier Roi. »

Le 3 mai 1814, le Roi Louis XVIII entre dans Paris. Napoléon part pour l’île d’Elbe, son nouveau royaume offert par le Tsar. Il fait ses adieux à la garde impériale. « Je pars. Vous, mes amis, continuez à servir la France. Ne plaignez pas mon sort. Si j’ai consenti à me survivre, c’est pour survivre encore à votre gloire. Adieu mes enfants. »

Louis XVIII est aux Tuileries. Il reconnaît les dettes de l’Empire. Le 30 mai 1814, le traité de paix est signé sans indemnités, ni forces d’occupation. Talleyrand est toujours là au ministère des affaires étrangères. Les alliés se réunissent à Vienne pour remodeler l’Europe.

1er novembre 1814, Talleyrand, Metternich, Wellington et les représentants de toutes les nations négocient. Le 3 janvier 1815, Talleyrand peut écrire à Louis XVIII : « La coalition est dissoute, la France n’est plus isolée en Europe. »

Joséphine reçoit le Tsar dans sa demeure de Malmaison et lui présente les fils d’Hortense, dont le futur Napoléon III. Tout semble fini pour l’empire réduit à un îlot en méditerranée.

Pendant que le congrès de Vienne tentait la recomposition de l’Europe, de l’île d’Elbe, l’aigle a décidé de s’envoler à nouveau. 1er mars 1815, Napoléon s’est évadé. Il débarque à Golfe Juan. 1 500 homme fidèles prennent avec lui la route de Paris :

« Soldats, foulez au pied la cocarde blanche, elle est le signe de la honte. Venez  vous ranger sous les drapeaux de votre chef. La victoire marchera au pas de charge. L’aigle volera de clocher en clocher, jusqu’aux tours de Notre Dame ! et l’aventure recommence. La route vers Paris est ponctuée d’acclamations. Grenoble, Lyon, Autun, Le maréchal Ney nous rejoint. Quatre régiments d’infanterie, trois régiments d’artillerie marchent maintenant vers Paris. Les appels à la résistance de Louis XVIII sont ignorés. Il est obligé de s’enfuir vers la Belgique.

J’arrive alors aux Tuileries et c’est l’ovation des soldats, des dignitaires et des dames de l’ancienne cour. Nous sommes le 20 mars 1815, je peux reformer un gouvernement. Bien entendu, Fouché est nommé à la police, Gaudin aux finances et mes frères accourent : Joseph, Jérôme, Lucien, ils proposent leurs services. »

Mais  Les alliés préparent déjà une nouvelle coalition contre l’Empereur. « Ni paix, ni trêve, plus de réconciliation avec cet homme. »

« Pendant que les derniers accords du Congrès de Vienne déchirent l’Europe, c’est encore la guerre. Le 14 juin 1815, la grande armée est à nouveau en marche. Le 18juin, les premiers coups de canon se font entendre sur la plaine de Waterloo. Les armées anglaises de Wellington, les armées prussiennes de Blücher auront raison de l’armée française. C’est la défaite, la déroute totale. »

 Seule la garde impériale parvient à protéger Napoléon qui peut rentrer à Paris.

22 juin 1815, au Palais Bourbon, les députés, manœuvrés par Fouché, et harangués par Lafayette exigent l’abdication.

« Français, je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puisent-ils être sincères dans leurs déclaration et n’en avoir réellement voulu qu’à ma personne. »

 A Malmaison, l’Empereur vit ses dernières heures à Paris. Joséphine est morte un an plus tôt.

« Elle était pleine de grâce pour se mettre au lit, pour s’habiller.  J’aurai voulu qu’un Albane la vit alors pour la dessiner. C’est la femme que j’ai le plus aimé. »

Dans l’espoir de rejoindre les Amériques, Napoléon se rend à Rochefort, c’est la fin des 100 jours. Un patriote exalté, est là, venu saluer son petit caporal, un soldat de l’Empire qui ne jure que par la valeur de son pays. Ce soldat oublié de l’Empire va laisser derrière lui l’image de l’amour excessif de la patrie : c’est Nicolas Chauvin, le père du chauvinisme.

Devant le refus d’un sauf-conduit pour l’Amérique, il se rend aux Anglais.

« Rochefort, le 13 juillet. Altesse royale, en butte aux factions qui divisent mon pays et à l’inimitié des plus grandes puissances de l’Europe, j’ai consommé ma carrière politique et je viens comme Thémistocle m’asseoir au foyer du peuple britannique.  Je me mets sous la protection des ces lois que je réclame de votre altesse royale comme celle du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis. »

L’île de Saint Hélène a été choisie pour sa future résidence. 18 octobre 1815, Napoléon débarque à Saint Hélène. Il est accompagné de ses fidèles : Las Casee, Gourgaud, Montholon, quelques domestiques. L’Europe se réorganise et la France va retrouver ses frontières de 1792. L’aigle impérial est définitivement abattu.

« C’était un bel empire. J’avais 83 millions d’êtes humains à gouverner. Plus que la moitié de la population de l’Europe entière. On aura beau retrancher, supprimer, mutiler, il sera difficile de me faire disparaître tout à fait. Un historien français sera obligé d’aborder l’empire et s’il a du cœur, il faudra bien qu’il me restitue quelque chose, qu’il me fasse ma part. Et sa tâche sera aisée car les faits parlent, ils brillent comme le soleil. »